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Le nu florentin

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Jeudi 30 août 1923 Le cinquième cahier déjà ! Ce journal est un bon compagnon, que j’aime à retrouver à mes heures perdues. J’y retrouve mille petits évènements que j’aurais déjà oubliés autrement. Ce sont le plus souvent des histoires insignifiantes, des dialogues que j’ai cherché à retranscrire dans leur jus, des pensées qui ne s’élèvent pas bien haut, mais qu’importe ! Je prends plaisir à y confier pêle-mêle mes joies et mes humeurs, mes élans du cœur et mes états d’âme. Hier soir, je me suis enfin décidé à frapper au portail. Trois petits coups timides. Le responsable de la salle, Pierrot, n’a pas compris tout de suite l’objet de ma visite ; j’ai dû m’y reprendre à trois fois pour lui expliquer que non, je ne cherchais pas à faire des ménages, mais à pratiquer la boxe française. La savate, quoi ! Il a finalement maugréé qu’il pourrait me recevoir pour une séance d’essai, si je venais en tenue. Dix minutes plus tard, j’étais déjà de retour, après avoir enfilé un pantalon bouffant et chaussé mes bottines. Pierrot m’a demandé de faire quelques exercices d’échauffement et d’étirement. Évidemment, qu’il m’a dit, la cigarette au bec, après m’avoir regardé effectuer des fentes et des grands écarts, faut reconnaître que pour la souplesse, vous avez certaines prédispositions par rapport à mes gars. Puis il m’a demandé de me mettre en garde et de m’appliquer à reproduire ses gestes. Chassé latéral, revers fouetté, revers balayé, revers groupé, coup de pied bas de déséquilibre, uppercut, swing… J’ai rapidement reconnu les différents coups de pied et de poing que m’avait enseignés mon grand frère Vincent, qui s’adonnait à ce sport avant-guerre. Je les ai enchaînés ensuite les uns après les autres, sous les regards un peu médusés de l’assistance, une dizaine de gars tout au plus. À ce qu’on dit, ils étaient par le passé trois à quatre fois plus nombreux à venir s’entraîner dans la salle ; mais la fréquentation a décliné avec la concurrence de la boxe anglaise, surtout depuis que Georges Carpentier est devenu champion du monde, avant de s’effondrer avec la grande saignée de la guerre. C’est d’accord, m’a dit Pierrot. Et, se tournant vers les gars qui s’étaient attroupés autour de nous, il a ajouté : « Mademoiselle va venir pratiquer la boxe française avec nous. Mais attention, je vous mets en garde tout de suite, messieurs, cet établissement n’est pas un lupanar ! Vous allez me faire plaisir de considérer cette dame comme votre sœur. Petite ou grande, c’est selon. Le premier qui aura un geste déplacé ou une parole malintentionnée aura affaire à moi. Cet avertissement vaut également pour vous, mademoiselle, au premier regard langoureux, à la première minauderie, vous prenez vos cliques et vos claques ! »

Autres informations

  • EAN 9791096673094
  • Disponibilité à paraître
  • Nombre de pages 178 pages
  • Longueur 20 cm
  • Largeur 14 cm

Rayon(s) : Littérature générale > Romans & Nouvelles


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